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Après l'effort, le réconfort

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23 juin 2014

Deux enseignantes plus qu'originales !

Deux enseignantes plus qu'originales !

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23 juin 2014

J'ai ri

 

 

Dernier cours avec les 3èmes avant le Brevet, le mot d'ordre : rester vigilant !

Il faut dire que niveau débordement langagier, certains se sont bien laissés aller, ces derniers temps. Tant pis pour eux.

 

 

Après 3 allers poubelle pour cracher le truc sucré et pleins de colorants chimiques, voilà t'y pas que mon regard croise celui d'un élève qui avait déjà fait un aller poubelle, la bouche pleine et les 2 joues gonflées, le sourire forcé et gêné de celui pris la main dans le sac.

Franchement chers lecteurs, vous auriez dû voir sa tête. J'ai pouffé de rire.

Et je n'ai plus eu de crédibilité.

 

 

J'ai repris mon cours entre passation et lancements de bonbons à travers toute la classe, robinets ouverts pour remplir leur gourde d'assoiffés de tant de sucres ingurgités. Et je dois dire qu'ils ont joué le jeu des bons élèves en répondant à mes questions, même la bouche pleine !

 

 

 

23 juin 2014

Une pétition contre le sujet du bac jugé trop difficile !

Non mais on croit rêver !

BAC. Pétition contre l'épreuve de maths : Terminales S, vous n'avez encore rien vu !

Publié le 21-06-2014 à 10h30 - Modifié à 16h01

57 réactions | 59943 lu

Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

LE PLUS. Après Victor Hugo pour les Premières, l'épreuve de maths des Terminales : cette année, le baccalauréat a été vivement critiqué par les candidats. Le niveau du sujet proposé aux élèves de scientifique aurait été trop élevé. Une polémique justifiée ? Guillaume, étudiant en école d'ingénieur, a analysé les sujets des Terminales S. Il tente de comprendre ce qui a vraiment dérangé les élèves.

Édité par Lison Lagroy 

Cette année, les maths aussi ont fait des mécontents (POUZET/WPA/SIPA)

 

Depuis quelques heures, une pétition circule sur les réseaux sociaux pour dénoncer la difficulté supposée des épreuves proposées au baccalauréat scientifique à la session 2014.

 

Ce sont pas moins de 20 000 signatures qui ont été d'ores et déjà été récoltées, et leur nombre ne cesse de croître. Pourtant, si les lycéens s'insurgent aujourd'hui face à ces épreuves jugées trop difficiles, ils ne savent pas ce qui les attend dans le supérieur...

 

Le sujet était assez classique

 

"Si je retrouve celui qui a rédigé le sujet de maths, ça va barder !"

 

Jeudi 19 juin, juste après l'épreuve de mathématiques du baccalauréat scientifique, une déferlante de commentaires s'est abattue sur les réseaux sociaux. Pour beaucoup d'élèves, le niveau demandé à cette épreuve était trop élevé par rapport auquel ils s'attendaient. Et il est vrai que, comparées à certaines années, les mathématiques du baccalauréat 2014 pouvaient sembler un peu plus difficiles.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, c'est un sujet des plus classiques qui a été proposé aux quelques 170 000 lycéens qui passaient leur baccalauréat scientifique cette année. Étude de fonctions, probabilités, nombres complexes et géométrie : le sujet ratissait au plus large pour questionner un grand nombre d'acquis des élèves.

 

Pour ceux qui avaient suivi la spécialité mathématiques durant l'année de terminale, l'écriture d'un algorithme à la fin de l'épreuve a pu se révéler quelque peu délicate.

 

Cette année, il fallait faire preuve de jugeote

 

Mais alors qu'est-ce qui pousse aujourd'hui certains de ces lycéens à se révolter face aux sujets sur lesquels ils ont dû plancher ?

 

Certains parleront d'une paupérisation des esprits, je pense plutôt que l'épreuve a désarçonné les élèves car elle ne faisait pas appel aux automatismes développés par leur esprit durant l'année.

 

L'an dernier, par exemple, l'épreuve avait consisté en une simple reprise d'exercices traités des dizaines de fois par les élèves et leur professeur.

 

Ici, il fallait faire preuve d'un minimum de réflexion et de jugeote pour se démener de problèmes parfois pas si évidents. 

 

Ceux qui ont entré les démonstrations dans leur calculette ont été déçus  

 

"Je n'avais même pas rentré la ROC dans ma calculatrice !"

 

Il faut admettre que ce sujet de mathématiques comportait certains pièges, notamment au niveau des ROC (restitutions organisées des connaissances). 

 

En effet, la question de cours qui était proposée aux élèves n'en était, en réalité, pas vraiment une, car elle demandait de leur part une certaine dose de réflexion.

 

Mais à la fin d'une terminale scientifique, n'est-on pas en droit d'attendre plus qu'une simple récitation de cours de la part des élèves ?

 

Ce qu'il faut bien avouer c'est qu'en réalité beaucoup d'élèves – pour préparer cette spécificité du baccalauréat scientifique – avaient entré les démonstrations dans leur calculatrice. Quelle n'a pas du être leur déception en se rendant compte que la restitution demandée ne figurait pas explicitement dans le programme et donc, par conséquent, pas dans leur calculatrice !

 

C'était pourtant des acquis de base  

 

D'autres épreuves du baccalauréat scientifique sont elles aussi décriées par les élèves de Terminale S. En physique-chimie, par exemple, beaucoup se plaignent de la masse d'informations à traiter en 3h30, temps imparti pour l'épreuve. Pourtant, à y regarder de plus près, un grand nombre de réponses figurait dans le sujet et il suffisait simplement aux élèves d'aller récupérer l'information là où elle se trouvait.

 

En anglais LV1, les candidats révoltés se plaignent également de textes jugés trop difficiles à comprendre. De l'aveu d'un professeur d'anglais en collège, la compréhension de ces derniers n'était effectivement "pas évidente". Pour autant les questions, elles, l'étaient et ne faisaient pas appel à des notions trop compliquées.

 

Pour résumer, ce baccalauréat scientifique 2014 repose sur des acquis de base que l'on est en droit d'attendre de jeunes lycéens de 18 ans, mais il tire son originalité de la plus grande dose de réflexion qui était demandée aux élèves.

 

Si là vous avez tremblé, préparez-vous au pire !

 

Je m'adresse désormais à ces candidats révoltés, désabusés, désavoués et signataires de la pétition en ligne : préparez-vous au pire !

 

Le bac n'est, en effet, qu'une transition vers l'enseignement supérieur, un point de départ avant les études. Rares sont les élèves qui entrent dans la vie active après un baccalauréat général, et ce qui attend ceux qui continueront est très loin d'être un chemin pavé de roses.

 

Il y a en effet un véritable fossé entre la terminale et le supérieur. Ce même fossé qui nous est vendu à tort à chacune des rentrées scolaires existe bel et bien, et les élèves de Terminale ne doivent pas s'imaginer que c'est la fin de leur calvaire scolaire.

 

Au contraire, il ne fait que commencer !

 

Partiels, concours, classements, stress, concurrence, ce sont toutes ces joyeusetés qui s'apprêtent à s'installer dans l'univers des futurs étudiants qu'ils sont.

 

Le baccalauréat ils le revivront, en pire, à chaque fin de semestre au moment des partiels, et bientôt toute les pétitions du monde n'auront plus aucun effet.

 

À la fin des vacances, mettez vous déjà au travail 

 

Marche ou crève, telle semble être la devise des étudiants une fois le bac terminé.

 

Alors amis Terminales, il ne vous reste plus qu'à vous mettre au travail et surtout profitez bien de vos vacances pour vous préparer à une nouvelle épreuve qui vous attendra : l'arrivée dans le supérieur.

 

Cela s'avérera, sans nul doute, nettement plus productif que toutes les lamentations du monde !

 

23 juin 2014

Le parcours des copies du bac

 

Le parcours des copies du bac

Les correcteurs du bac sont désignés par leur académie © BEP/Le Télégramme - 2014

Plongée ce matin dans les coulisses du baccalauréat. Les épreuves écrites s'achèvent ce lundi soir. Où vont les quatre millions de copies ? Comment sont-elles corrigées ? Et comment les notes sont-elles harmonisées ? 

 

Première étape pour les correcteurs : vérifier le nombre de copies. Ces dernières proviennent d'établissements différents, ce qui permet d'avoir un lot représentatif.

 

Les correcteurs ne sont pas volontaires, ils sont désignés par leur académie, et sont payés cinq euros par copie. En moyenne, ils passent quinze minutes sur chacune. Certains prorfesseurs sont aussi coordinateurs : ils sont alors chargés de transmettre les consignes des inspecteurs aux autres enseignants du jury.

 

►►► LIRE | Les sujets du bac de philo 2014

 

Quand un professeur a corrigé la moitié de son paquet, il doit faire la moyenne des notes qu'il a attribuées et la communiquer au coordinateur. C'est comme cela que les notes sont harmonisées. Certains correcteurs sont donc parfois priés de revoir leurs évaluations.

 

Les notes augmentent... pas forcément le niveau

Les notes peuvent encore être revues lors de la réunion du jury, le 3 juillet, à la veille des résultats. Grâce à leur livret scolaire, les élèves peuvent encore grapiller quelques points pour aller au rattrapage ou obtenir le bac du premier coup.

 

►►► ALLER PLUS LOIN | Et si on autorisait internet au bac ?

 

Toutes ces mesures visant à relever les notes expliquent la hausse constante des résultats. Les élèves ne sont pas forcément meilleurs que les années précédentes.

 

L'an dernier, un record historique a été atteint, avec 92 % de réussite au bac général et 87 % toutes filières confondues. Au vu des consignes données cette année, on peut encore s'attendre à un excellent cru.

 

Les chiffres du bac 2014 © Radio France - 2014 / Idé

 

Quinze minutes par copie, c'est vraiment une moyenne entre toutes les matières et toutes les séries !

Demandez à un prof de philo, combien de temps il passe sur une copie de L ?

Une copie de SPC ou de SVT en S n'a rien à voir avec une copie de L. Je dois être très lente parce que je passe plus de 30 minutes par copie en concentration intense et j'ai 70 copies et non 60 !!!

Le coup du livret scolaire pour remonter les notes d'un élève ; trop de stress cet examen, le pauvre s'est vautré, alors regardons son livret. Mais que regardent-ils exactement ? Les notes ou/et les appréciations des profs ? peut-être sa photo ?

Et il faut écouter la conclusion de la journaliste sur le podcast. Edifiant !

20 juin 2014

Exemple # 4

 

Distribution d'une feuille photocopiée à des élèves de 3ème.

Ce polycopié distribué a pour but de leur présenter des documents complémentaires à leur livre sur laquelle suivent des questions ayant pour objectif de leur apprendre à voir (lire?) et à comprendre la notion du jour. Chaque prof en distribue régulièrement et cela depuis bien des années.

- "Madame, qu'est-ce que je fais de cette feuille ?"

Regard noir de celle qui ne tombera pas dans la provocation et demande le silence. Tu parles !

- "Madame, qu'est-ce que je fais de cette feuille ? Madame pourquoaaaaaaaaa vous ne voulez pas me répondre ? Madaaaaaaaaaame j'ai pas compris qu'est-ce que je dois faire de cette feuille ?"

Et là t'as le gamin qui t'empêche de parler en te coupant la parole : "Madaaaaaaaaaaaame mais pourquoaaaaaaaaa vous ne voulez pas me répondre ?"

C'est vendredi, il est 16h20, t'en peux plus et tu lui dis : "Me force pas à devenir grossière"

Parce qu'il SAIT très bien ce qu'il doit faire avec sa feuille !

Et le sourire aux lèvres, il se tourne vers ces camarades et dis : "Je la mets dans mon cul ?"

 

 

 

 

 

 

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20 juin 2014

Exemples # 3

 

Aujourd'hui en classe de 6ème.

 

- " Allez les enfants, un dernier effort de travail et la semaine prochaine je vous réserve une surprise."

- "Madame, c'est quoi la surprise ? "

- " Si je vous le dis maintenant ce ne sera plus une surprise."

En même temps plusieurs voix :

- " On peut amener des bonbons ?" - " Vous allez nous faire un gâteau ?" - " Moi je la veux maintenant la surprise, je ne serais pas là la semaine prochaine. Je pars en vacances, ce soir. " - "Moi non plus je ne serais pas là, il y a la répétition pour le spectacle de fin d'année" - "Moi non plus" répéter par une dizaine de voix.

Et à l'unisson : " la sur-prise !" " la sur-prise !" " la sur-prise !" " la sur-prise !"

Et une voix dans le silence d'une seconde : - " Moi j'en ai rien à foutre des surprises de merde !".

Un autre d'ajouter : - "T'as qu'à pas venir en classe."

Et à suivre : - " J'aimerai bien, mais on est obligé"

- " Madame, pourquoi on est obligé d'aller à l'école ?"

Et là je répond qu'ils ont de la chance d'aller à l'école, beaucoup d'enfants de par le monde aimeraient aller à l'école.

- " Et pourquoi ils n'y vont pas ?"

- "Ils ne peuvent pas aller à l'école soit parce que leurs parents n'ont pas assez d'argent, elle peut être loin de chez eux et certains sont obligés de travailler"

- "Moi je préfèrerai travailler au moins je gagnerai des thunes".

- "Mais tu sais l'argent qu'il gagne lui permet simplement de ne pas mourir de faim"

- " Il a ka aller au MacDo pour manger ou si c'est trop cher, ya lidl"

Et là, j'ai vu Marie-Antoinette version 2014.

Et là, j'ai pensé : tu vas à l'école parce que tes parents n'en peuvent plus de toi, ils en ont marre de t'entendre du haut de tes 3 pommes leur rabattre les oreilles de tes sornettes de Mr/Mlle-j-ai-réponse-à-tout-pourvu-que-j-ai-le-dernier-mot.

-" C'est parce qu'ils travaillent qu'ils ne peuvent pas me garder à la maison !"

Et justement mon pote, ils travaillent pour avoir un moment de paix. Parce que même quand tes parents sont assis sur les toilettes, tu trouves le moyen de les emmerder. Fini les grasses matinées, les siestes, tu es encore là, à les emmerder. Fini, ils ne peuvent plus écouter la musique qu'ils aiment parce que c'est la tienne qu'ils doivent se farcir. Ils n'en peuvent plus d'entendre le même DVD en boucle depuis 3 (6?) mois. Ils n'en peuvent plus de t'entendre leur dire "Mais pourkooooaaaaaaaaaaaaaa ...(vaste panoplie de questions plus débiles les unes des autres à ta disposition sans parler de celles auquelles tu as déjà répondu mille milliards de fois !). Ils en ont marre de rentrer chez eux ... heu pardon... chez toi et de ne pas pouvoir s'assoir sur leur canapé sans avoir au préalable virer TES affaires qui trainent partout et que tu es incapable de ranger. Ils n'en peuvent plus de ne pas pouvoir dire des gros mots sans que tu leur fasse la morale alors que tu appelles ton (ta) camarade de mots que tu qualifie d'affectueux "ma salope" versus "mon salaud" ou "mon connard". Ils n'en peuvent plus d'aller au MacDo pour compléter ta collection. Ils n'en peuvent plus de tes bobos qui ne te mettent pas sur le seuil de la mort. Voilà pourquoi ils te mettent à l'école pour que ce soient nous qui te console quand tes camarades ont planqué ton sac, pour que se soient nous qui te fasse la morale quand tu es grossier, pour à la cantine te permettre de manger des fruits et des légumes, pour t'instruire d'une autre musique, d'une autre langue, de l'histoire parce que non le monde n'est pas né avec toi et pour te permettre de voir la beauté du monde qui t'entoure en découvrant les arts, les sciences, de prendre conscience de ton corps en sport et comment il fonctionne en Sciences de la vie et de la terre. 

 

 

 

 

20 juin 2014

Exemples # 2

Aujourd'hui en classe de 6ème.

Nous travaillons la classification scientifique des êtres vivants. La notion a été découverte, des exemples ont suivi chez les animaux, un dernier exemple chez les végétaux.

On regroupe les végétaux ayant le même attribut ici la présence d'une tige.

Et ............. roulement de tambour ................

 

- " Moi aussi, j'ai une tige ! "

 

 

AU SECOURS !!!!!!!!!!!

20 juin 2014

Exemples

Hier en classe de 4ème :

- "Madame, comme c'est notre dernier cours avec vous, est-ce qu'on peut faire un concours de dessin de bite ... heu ... pénis au tableau ? "

Mes oreilles ont très bien entendu mais pas mon cerveau.

- " Pardon tu peux répéter ?"

- " Madame est-ce qu'on peut faire un concours de dessin de pénis au tableau ? Allez c'est notre dernier cours avec vous ?"

Ben oui il a osé répéter sans aucune gêne et avec un regard suppliant : sivouplé ?

- "Non mais est-ce que tu te rends compte de tes propos ?"

- " Ben quoi qu'est-ce que j'ai dit qui va pas ?"

- " Tais-toi."

- " Mais quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit qui va pas ? ...

- " Tais-toi."

- " Bon ok vous voulez pas. Mais pourquoi ? C'est plus rigolo que de faire un pendu avec des mots !"

Keep cool et zénitude, passons à la leçon du jour. Mais avec un regard noir auquel il répond par un charmant sourire. Des baffes.

 

20 juin 2014

68% des enseignants voudraient changer de métier.

68% des enseignants du secondaire voudraient changer de métier

Home ACTUALITE Société Par Delphine de Mallevoüe Mis à jour le 18/06/2014 à 14:47 Publié le 18/06/2014 à 13:41

Alors que les deux tiers des Français se disent prêts à encourager leur enfant s'il souhaite devenir enseignant, chez les professeurs, une majorité déclare le contraire, souligne SOS Éducation.

 

Alors que les deux tiers des Français se disent prêts à encourager leur enfant s'il souhaite devenir enseignant, chez les professeurs, une majorité déclare le contraire, souligne SOS Éducation. Plus de la moitié des 600 enseignants du secondaire interrogés dans le cadre de ce sondage Ifop pour l'association indépendante SOS Éducation déclare être ou avoir été en situation de burn-out.

Incivilités, insécurité, hiérarchie sourde aux besoins… Les conditions de travail des enseignants du secondaire et l'image qu'ils ont de leur métier sont tellement dégradées qu'ils seraient 68% à envisager de changer de profession. C'est ce que révèle un sondage Ifop réalisé pour SOS Éducation, une association indépendante de citoyens, de familles et d'enseignants qui milite au quotidien «pour une école plus efficace». Cette étude, qui a sondé plus de 600 enseignants du secondaire, fait aussi apparaître que plus de la moitié (54 %) déclare être ou avoir été en situation d'épuisement professionnel (burn-out). L'effondrement de l'autorité et la violence sont au cœur de la dégradation du métier, selon eux. 40% disent se faire insulter quand presque 10 % font état d'agression. 15% estiment ne pas se sentir en sécurité dans leur établissement. En Ile-de-France, les chiffres montent à 2 %. Quant aux rapports avec les parents d'élèves, la situation n'est pas meilleure: plus d'un tiers des enseignants estime ne pas être respecté par les familles.

Crise historique

Dans l'enseignement public, plus de 40% des professeurs estiment ne pas être soutenus par leur hiérarchie. De quoi démotiver les troupes en exercice mais aussi décourager les vocations. Alors que les deux tiers des Français se disent prêts à encourager leur enfant s'il souhaite devenir enseignant, chez les professeurs, une majorité déclare le contraire, souligne SOS Éducation. «C'est surtout le cas des professeurs agrégés, plus sensibles à l'effondrement des exigences académiques, et des enseignants du public, dont les conditions de travail sont généralement plus dégradées que dans le privé», dit l'association. Connue pour ses positions traditionalistes, elle appelle au retour du goût de l'effort et du respect des professeurs, fustigeant «ce gâchis» sévissant depuis 40 ans avec «les théoriciens de l'éducation» qui «ont voulu transformer l'école en un lieu de vie, et les enseignants en animateurs». Sondage à l'appui, elle estime aujourd'hui que le «bilan est sans appel» et s'indigne que dans une «crise historique», le ministère de l'Éducation ne soit préoccupé que par «les activités parascolaires et la réformette de la réformette des rythmes». SOS Éducation, qui a créé il y a quelques années l'Observatoire de la souffrance des professeurs, espère que ce sondage «va créer un électrochoc pour que l'Éducation nationale se donne enfin les moyens de restaurer l'autorité et la dignité du métier d'enseignant».

 

 

 

 

 

18 juin 2014

Recruter des profs à bac +5, c'est une erreur !

 

Le Grand entretien

18/06/2014 à 10h38

François Dubet : « Recruter les profs à bac+5, c’est une erreur »

Infographie : la crise des vocations à l'école en chiffres
Pascal Riché | Cofondateur Rue89Imprimer

Comment en est-on arrivé à recruter des profs avec 4 de moyenne au concours ? Les réponses de François Dubet, sociologue de l’éducation, qui propose un recrutement à bac+1 puis une formation jusqu’à bac+5.


Le sociologue de l’éducation François Dubet en 2006 (Rillon/Neco/Sipa)

Les instituteurs, une espèce en voie de disparition ? En mai, Rue89 a publié une enquête sur l’impressionnante pénurie des candidats au concours de professeurs des écoles. Elle montrait qu’en 2014, certains d’entre eux étaient admis avec des notes très basses à l’examen afin de pourvoir, coûte que coûte, les postes vacants (voir l’infographie en haut de cette page).

Instits en colère, parents inquiets, élèves désabusés : les réactions à cet article n’ont pas manqué. Pourquoi cette pénurie de profs ? Et comment rendre le métier de nouveau attractif ? Les réponses de François Dubet, sociologue de l’éducation, professeur à l’université de Bordeaux et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Rue89. La carrière de professeur des écoles n’attire plus. Dans les académies de Créteil et Versailles, plus de 85 % des candidats ont été admis au concours cette année, le dernier recruté ayant dans ces deux zones une note moyenne inférieure à 5/20...

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Cet entretien a été publié en avant première le 7 juillet 2014 dans notre magazine Rue89 Week-end pour tablette. Chaque jeudi soir, vous y retrouvez le meilleur de Rue89.

François Dubet. Avec un chômage de 25 %, une telle profession dans la fonction publique devrait attirer. Ce n’est plus le cas et c’est une énigme. Elle est mal payée, c’est vrai, mais ce n’est pas nouveau  : dès les années 60, on disait déjà que les profs étaient mal payés, ils l’étaient moins que les policiers, par exemple.

Aujourd’hui, un ménage de jeunes enseignants, avec deux salaires et avec une sécurité de l’emploi totale, ne démarre pas dans la vie dans les pires conditions. Dans les pays dont les écoles sont considérées comme excellentes, comme la Suède, la Norvège ou la Finlande, les salaires des professeurs ne sont pas considérablement supérieurs à ce qu’ils sont en France. Mon sentiment, c’est donc que le salaire n’est pas fondamental dans l’explication de la désaffection que nous constatons aujourd’hui.

Il y a pourtant eu une paupérisation. Autrefois, en France, l’instituteur étaient un notable. Son train de vie était plus confortable.

Pas tant que cela. C’était un notable, mais son salaire n’était pas considérable.

Il était mieux payé qu’un plombier...

Oui, si l’on prend le fameux cas du plombier. Mais l’enseignant ne gagnait pas tellement plus que l’ouvrier très qualifié, par exemple. Les profs n’ont jamais été bien payés, mais la profession avait un prestige indiscutable.

Dans un monde du travail bien plus dur qu’il ne l’est aujourd’hui – avec un chômage qui vous plongeait dans la misère, des accidents de travail... –, cette profession, même mal rémunérée, vous donnait un prestige social et une forte stabilité de l’emploi. Mais les profs vivaient modestement, même si certains avaient un logement de fonction.

Si on augmentait le salaire des enseignants de 20 %, je ne suis pas sûr qu’on améliorerait considérablement le recrutement. D’ailleurs, regardez  : un maître de conf’ de fac est payé autant qu’un prof de lycée. Or, des centaines de candidats se présentent quand vous ouvrez un poste à la fac.

Dans l’Education nationale, les enjeux symboliques sont toujours plus importants que les enjeux matériels.

Les deux peuvent se rejoindre  : si les profs étaient mieux payés, le regard de la société sur eux changerait...

Possible, mais ce n’est pas un facteur décisif.

Si le niveau de vie n’est pas une des explications importantes de cette crise du recrutement, quelles sont-elles  ?

Il y en a deux. D’une part, un problème d’image. L’image, c’est celle d’un métier difficile. Celle d’un enseignant qui souffre, face à des élèves qui ne veulent pas apprendre, à des parents d’élèves qui l’enquiquinent, à une administration qui lui gâche la vie...

Le discours que produisent les enseignants sur eux-mêmes est celui de la plainte. Autrefois, c’était un discours sur la grandeur de la profession, le plaisir d’enseigner, de faire la classe... Il y avait une mise en scène positive, une représentation du métier qui pouvait donner envie de l’exercer.

Aujourd’hui, quand les enseignants parlent d’eux-mêmes collectivement, c’est pour dire  : « Nous souffrons, nous ne sommes pas reconnus, nous sommes méprisés, nous avons un métier de chien, c’est extrêmement difficile, nous sommes soumis à la violence »... L’image qui s’est répandue, c’est que tous exercent dans des collèges de ZEP violents, ce qui est rarement le cas.

L’image de l’école elle-même s’est renversée  : l’école qui intégrait la société, qui fabriquait des citoyens, qui les préparait à vivre quelque chose de commun a laissé place à l’image de la machine à diviser, à trier, à créer des inégalités. Les sociologues ne sont pas pour rien dans cette image, mais elle a peu à peu été intériorisée par les Français.

L’école, c’est « l’endroit où mon gamin risque de se faire jeter » et dans certains quartiers, c’est carrément « la machine faite pour nous exclure ». A cela s’ajoute une perte de confiance dans la culture scolaire. Cette dernière n’est plus perçue que comme un moyen de sélectionner  : la « vraie culture » est ailleurs...

Dans les médias, vous ne trouvez plus beaucoup d’image positive des enseignants, à part ce vieux feuilleton, L’Instit, qui présente un enseignant idéal, positif, qui a des relations formidables avec les gamins et roule à moto...

Et qui travaille en milieu rural...

Oui ! L’action se passe aujourd’hui, mais c’est un enseignant d’autrefois. Le reste du temps, les enseignants sont soit ridicules, soit en souffrance. Le temps de La Gloire de mon père, de Marcel Pagnol [autobiographie où il livre son admiration pour son père instituteur, ndlr], c’est fini. Il y a eu un renversement de l’image des enseignants, produit pour une part par le monde enseignant lui-même.

Un exemple frappant se trouve dans une récente enquête, on demandait à des sondés : « Souhaiteriez-vous que vos enfants soient enseignants  ? » La profession qui souhaitait le moins que ses enfants soient enseignants, c’était les enseignants  ! C’est terrifiant. On ne peut pas dire indéfiniment  : « Passez un concours pour faire un métier de chien. »

Quand ce changement de discours s’est-il produit et qu’est-ce qui l’a déclenché  ?

Ce changement de discours des enseignants sur eux-mêmes a eu lieu il y a une vingtaine d’années. D’abord, le métier est devenu objectivement beaucoup plus difficile qu’il ne l’était. Dans un collège normal, quand il a une heure de cours, un prof en passe la moitié à établir l’ordre scolaire. Je crois aussi qu’on a assisté à une évolution du syndicalisme enseignant, devenu extrêmement défensif.

Il était pendant longtemps axé sur les revendications salariales et les conditions de travail, mais il appelait ausi à la grandeur de l’éducation. Il se réclamait d’un grand projet culturel, démocratique, national... Aujourd’hui, c’est terminé.

Pour avoir des enseignants qui vous parlent très positivement de leur métier, il faut leur parler en tête à tête. Il faut qu’un individu vous parle de l’intimité de son boulot. La parole collective, elle, est toujours négative. On ne demande plus d’augmenter les salaires parce que le travail avec les élèves est important, mais parce qu’il est épouvantable  !

Et pourtant, si le métier est effectivement devenu plus difficile, c’est un métier qui a ses bonheurs, ses voluptés. Une autre chose qui a selon moi complètement changé le recrutement, c’est le bac+5 exigé pour passer le concours. Au fond, pendant très longtemps, le choix d’être enseignant était un choix positif et précoce.

Une « vocation »...

J’aime bien le mot de vocation, mais il évoque souvent une période passée dans laquelle l’enseignant se sentait investi d’une mission morale et politique. Là, je parle simplement d’un goût pour le métier, qui était défini précocement.

Jusqu’aux années 60, pour devenir instituteur, on était recruté dans les écoles normales au niveau la troisième. Vous alliez dans une école normale, vous passiez le bac et vous deveniez instituteur... C’est un choix que vous faisiez positivement et tôt. Quand vous faisiez des études de lettres, vous saviez au sortir du bac que l’enseignement était grosso modo votre destin.

Quand on embauchait les profs encore étudiants

En 1957 sont créés les Instituts de préparation à l’enseignement secondaire (Ipes), alors que la scolarisation jusqu’au collège devient de plus en plus courante.

« “Construire un collège par jour” [expression d’un ministre de l’époque, ndlr] ne suffisait pas, il fallait aussi assurer attirer vers le métier de professeur, puis fidéliser, de nombreux étudiants », rappelle la syndicaliste Marianne Auxenfans dans un article consacré aux prérecrutements dans l’Education nationale.

« Recrutés par concours locaux dans les universités à bac+1, les “Ipésiens” percevaient un “prétraitement” correspondant à 171 % du smic de l’époque, avec l’obligation d’assiduité et aussi de réussite universitaire. »

 

Il y avait même à cette période un système qui s’appelait les Ipes [instituts de préparation à l’enseignement secondaire, lire encadré, ndlr]. Vous passiez après le bac un petit concours assez facile qui vous donnait l’écrit du Capes. Et au lendemain de votre licence, vous passiez l’épreuve orale du Capes. Les choix professionnels se définissaient assez tôt.

Aujourd’hui, que se passe-t-il  ? Les étudiants vont à l’université, généralement au terme de choix souvent négatifs  : « Je n’ai pas pu faire une classe prépa, une fac sélective, un IUT... » Tendanciellement, les futurs enseignants ne sont plus les meilleurs étudiants  : il faut quand même le dire  !

Les meilleurs étudiants, eux, font tout pour ne pas aller à la fac. Une école d’assistantes sociales ou d’éducateurs a un quota de candidats sur le quota de reçus plus considérable que l’Education nationale. Ce ne sont pas des métiers tellement mieux payés ou tellement plus faciles.

Les étudiants font leur licence  : en histoire, en langues, en français en sciences, etc. Ils se demandent alors ce qu’ils vont faire  : « Si je pense que je suis très bon, je fais une thèse. Si je pense que je suis bon, je fais un master compétitif. Si je pense que je suis bon en sciences, je m’oriente vers une formation d’ingénieur »...

Beaucoup parmi les autres, ceux qui pensent qu’ils ne sont pas assez bons, qui ne sont pas trop sûrs, vont vers les concours d’enseignants.

Ce ne sont plus les meilleurs étudiants. Et je dirais même qu’en sciences, ce ne sont non seulement pas les meilleurs, mais ce sont souvent les moins bons.

Au Capes, on a un mal fou à recruter en maths, en physique, en chimie...

Le choix professionnel, qui était positif et précoce, est devenu avec le système bac+5 un choix souvent contraint, parce qu’il n’y pas d’autre voies, et qui n’est pas fait par les meilleurs des étudiants.

Prônez-vous le rétablissement de filières précoces, à la manière des écoles d’ingénieur ou des facs de médecine  ?

Je pense que les filières que choisissent les bons étudiants, ce sont des filières à sélection précoce, celles qui garantissent leur avenir. L’étudiant préfère un IUT, une école d’ingénieur, une école de commerce. Il y trouve d’emblée l’image d’un avenir professionnel, et c’est pour lui un choix « positif ».

Il faudrait donc recruter les futurs enseignants à bac+1 ou bac+2  ; ensuite,on les formerait jusqu’au master. Pourquoi se bagarre-t-on pour devenir infirmière, alors qu’on n’arrive pas à recruter des enseignants  ? Les infirmières ne sont pourtant pas mieux payées que les enseignants... et leur métier n’est pas plus facile. Mais elles ne sont pas recrutées à bac+5  !

On a commis une erreur. On est passé de l’idée, juste, qu’il faut que les enseignants aient un niveau bac+5 à l’idée, fausse, qu’il faut donc les recruter à bac+5. Ce sont deux choses qu’on a eu le tort de confondre.

J’ajoute que si l’on recrutait à bac+1 ou bac+2, on aurait des chances de recruter de bons élèves d’origine populaire. Parce que des bons élèves d’origine populaire, on en trouve à bac+1, mais ils ont presque disparu à bac+4. Ils n’ont pas survécu dans le système : il faut tenir  ; quatre ans d’études, c’est long.

Tenir financièrement, dans votre filière « professeur des écoles », serait plus facile  ?

Oui, parce que vous avez la garantie, une fois passé le concours d’entrée, que vous passerez la sortie. Si on disait  : « Tu es un bon élève, tu as une mention au bac, tu auras une bourse, et à la fin tu feras des stages et au bout tu auras un métier », je suis persuadé qu’on rendrait le métier plus attirant.

Je vois mes propres étudiants qui passent le Capes. Ils sont là, ils passent la licence, ils arrivent en maîtrise et se demandent ce qu’ils pourraient bien faire. Et souvent ils choisissent instit’, parce qu’ils ne quitteront pas la région. Ils regardent aussi le Capes, mais c’est très compliqué  : il y a le risque d’atterrir dans un établissement de ZEP où personne ne veut aller...

Ce type de calculs n’existerait pas si vous mettiez en place un recrutement plus précoce. Comme les polytechniciens, les ingénieurs, les médecins, les infirmières, les travailleurs sociaux... Si vous croisez cela avec l’image très négative du métier, cela ne déclenche pas l’enthousiasme.

En même temps, on embourgeoise le recrutement. On se retrouve avec des candidats pas très bons d’origine sociale favorisée...

Pourquoi cette idée de recrutement précoce n’aboutit-elle pas  ?

J’en avais parlé à Vincent Peillon [précédent ministre de l’Education, ndlr]. Il n’y était pas hostile.

Mais il se heurtait à deux obstacles majeurs. Le premier, c’était les universitaires, qui veulent que les étudiants s’inscrivent chez eux avant d’entrer dans une école professionnelle – sinon, c’est une perte sèche pour les universités. La seconde raison, c’est que le syndicat Snes [Syndicat national des enseignements de second degré, ndlr] est un défenseur absolu de l’idée qu’on doit recruter sur un niveau académique, qui selon lui fait la valeur d’un prof.

Quand vous avez sur les bras les facs (et notamment les facs de lettres) et le Snes, ça devient compliqué.

Dans le système actuel, vous êtes censé être spécialisé dans une discipline avant de devenir enseignant. Et dans le cas des professeurs des écoles, vous n’avez même pas d’obligation disciplinaire. On se retrouve avec des gens qui disent : « Je vais faire instit, mais moi les maths, je ne peux pas. » C’est embêtant.

Vincent Peillon a réformé la formation, en créant les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espe). Est-ce un simple retour aux Instituts universitaires pour la formation des maîtres (IUFM)  ?

Il y a de grandes chances pour qu’il ne s’agisse que d’un retour aux IUFM. Certes, le recrutement est un peu plus précoce, mais cela pose un problème aux étudiants, le concours ayant lieu avant le master. Alain Boissinot [président du Conseil supérieur des programmes, ndlr] a proposé par provocation de supprimer le concours. Car soit on recrute au niveau master, soit on recrute par concours...

Aujourd’hui vous pouvez avoir le master des métiers de l’enseignement, mais pas le concours qui permet d’enseigner  ! Imaginez que vous fassiez une formation de médecin, que vous alliez jusqu’au bout de cette formation, et qu’on vous dise à la fin  : « OK, mais vous ne pouvez pas exercer la médecine... » En tout cas, on n’a pas basculé dans un autre modèle. On est dans une situation ambiguë, et l’ambiguïté, cela refroidit les étudiants.

Vous dites que le salaire n’est pas déterminant dans les problèmes de recrutement. Ne peut-on pas cependant imaginer que les professeurs travaillant dans les établissements difficiles soient beaucoup mieux payés que les autres  ?

Je suis totalement favorable à cette piste. Mais ce n’est pas si simple. D’une part, si vous faites cela, vous avez 300 000 types dans la rue demain, au nom de l’unité de la fonction publique, l’unité de la République, l’égalité des traitements sur le territoire, etc. On touche là à une vache sacrée.

D’autre part, cela supposerait un changement fondamental du mode d’affectation. Aujourd’hui, il se déroule « à l’aveugle »  : on considère que tous les enseignants se valent  ; l’administration, qui contrôle le recrutement, affecte les enseignants en fonction des postes disponibles. En général, les jeunes vont là où personne ne veut aller.

Ils y vont, ils obtiennent des points, certains se pacsent parce que cela fait des points supplémentaires, puis ils vont rejoindre des endroits plus paisibles. C’est désastreux pour les élèves de ces établissements difficiles  : ils sont victimes à la fois du turn over des profs et ce sont les enseignants les moins expérimentés qui font le boulot le plus difficile.

Si vous voulez changer cette situation, ce qui me semble nécessaire, il faut changer complètement de système. Il faut adopter celui qui est en vigueur dans la plupart des autres pays  : vous avez un titre professionnel (par exemple, professeur d’espagnol) mais c’est l’établissement qui vous recrute. Et certains établissements peuvent avoir des moyens supplémentaires afin de pouvoir vous recruter à de meilleurs conditions financières.

Pour dire les choses de manière brutale  : il faudrait généraliser le système d’affectation en vigueur dans les écoles privées. Mais aucun syndicat n’acceptera un tel changement, à part peut-être le Sgen [Syndicat général de l’Education nationale, ndlr]. Il faudrait pourtant le faire. Nous sommes dans la pire des conjonctures  : on a massifié l’université, il y a du chômage, et on ne parvient pas à recruter les enseignants. Peut-on continuer ainsi  ?

Faut-il aussi changer la façon dont on gère les carrières des professeurs, dont on évalue leur travail ? Orienter ceux qui ne sont pas aptes à enseigner vers d’autres postes  ?

Ce sujet est encore plus tabou. Logiquement, si l’on recrute bien et si l’on forme bien, l’écrasante majorité des enseignants doit être apte à enseigner. Au quotidien, on croise très peu d’ingénieurs « non aptes », très peu d’infirmières « non aptes »... Non  ?

Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on a tous eu de très mauvais profs à un moment...

Oui et on sait que « l’effet prof » est considérable. Par exemple, la qualité d’un prof de CP est déterminante pour le parcours scolaire d’un élève, quelle que soit son origine sociale. Au fond, les enseignants sont maltraités  ; quand ils rencontrent des difficultés, ils sont laissés à eux-mêmes  : ils se démerdent.

Logiquement, dans un milieu professionnel, quand vous rencontrez des difficultés, vous êtes aidé pour les surmonter  : on vous forme de nouveau, on vous soutient... Ce n’est pas le cas dans l’éducation  : vous êtes seul dans votre classe. Vous souffrez le martyr et il ne se passera rien.

Ce qui m’étonne, c’est que les enseignants ne protestent pas contre cela. Le système actuel leur apparaît comme une protection, mais elle est illusoire. Beaucoup sont victimes de ce système.

De même, ils préfèrent être évalués par un inspecteur qui vient tous les sept ans assister à une heure de classe avant de leur mettre une note à peu près automatique, plutôt que d’être soumis à une évaluation collective de leur établissement, où leurs difficultés seraient examinées de façon constructive... Les enseignants tiennent au système actuel, qui les protège du regard des collègues, du chef d’établissement, des parents, des élèves... Résultat : on ne sait pas quoi faire des gens qui déconnent.

Il y a un autre problème. Je crois qu’il faudrait qu’on forme les enseignants suffisamment bien pour qu’ils connaissent d’autres modes d’exercice de leur métier. Aujourd’hui, vous êtes professeur des écoles, vous ne dépasserez jamais le CM2  ; vous êtes professeur de collège, vous n’irez jamais dans une école élémentaire.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas, dans une vie professionnelle, changer d’exercice. On pourrait imaginer une formation commune collège/école élémentaire. Qu’est-ce qui empêche un instit d’enseigner en sixième ou en cinquième  ?

Vous êtes depuis longtemps défenseur d’un rapprochement entre le collège et l’école élémentaire. Pourquoi est-ce important  ?

Je pense qu’une des réformes essentielles consisterait à décrocher le collège du lycée et de le rapprocher de l’école élémentaire. Il y a trop de gamins qui sortent faibles de l’école élémentaire, et qui ne peuvent pas être sauvés par le collège.

Parce qu’ils sont perdus avec dix professeurs différents  ?

Oui, et parce que ces professeurs ont des niveaux d’exigence définis par le lycée.

Notre système ne coule pas complètement, parce qu’il y a des armées de profs généreux, ouverts, travaillant comme des brutes... Heureusement  ! Mais cela ne fonctionne que grâce à la vertu de ces individus. Le système, lui-même, n’est pas vertueux.

L’éducation était la grande priorité du président François Hollande, et l’école primaire, la grande priorité de l’ancien ministre Vincent Peillon. Est-ce un échec sur toute la ligne  ?

L’affaire des rythmes scolaires a flingué le projet. Même si ce changement finit par se mettre en place, il aura épuisé la capacité de réforme du quinquennat. Sur le « socle commun de connaissances », le rapprochement collège-école élémentaire, on s’oriente vers des mesures d’une extrême timidité  : on parle de quelques dispositifs qui pourraient être mis en place entre l’école et le collège.

Au lieu de s’embarquer dans des réformes que le gouvernement a eu du mal à mettre en place, Vincent Peillon aurait pu dire  : « Nous recrutons désormais sur un nouveau statut. » Les 60 000 postes créés auraient alors trouvé un sens. On aurait dit  : « Les candidats qui passent le nouveau concours seront mieux payés, mais ils auront une autre obligation de service, ils seront recrutés par les établissements. »

Enfin, il reste un enjeu plus difficile encore sur la table  : le déséquilibre financier du système. Le lycée est surfinancé. Un lycéen coûte en France, 38% de plus que la moyenne des lycéens de l’OCDE. L’élève de l’école élémentaire coûte 17% de moins. Vous serez bien obligé d’organiser un transfert du lycée vers l’école.

Il faudra arrêter les options invraisemblables, les filières superfines, les classes européennes et autres « seconde théâtre ». C’est sympa, mais ça coûte très cher. Cependant, je n’imagine pas que ce gouvernement aura le courage de s’attaquer à ce dossier. Il y a quelques mois, Vincent Peillon a lancé une sonde sur les salaires des profs de prépa. Douze heures après, il a plié bagage.

  • À vous !
      
  • On a droit au pédagogiste Dubet toutes les semaines.

    Pour taper sur les profs.

    Le ministre de l’Education Nationale serait-il en difficulté ?

     
    • poingsurlei
      poingsurlei répond à Ocatarinetabellatchitchix
      bienheureux

      « ...Pour taper sur les profs... » => Etes vous certain d’avoir bien lu ? :
       »...Notre système ne coule pas complètement, parce qu’il y a des armées de profs généreux, ouverts, travaillant comme des brutes... Heureusement  ! Mais cela ne fonctionne que grâce à la vertu de ces individus. Le système, lui-même, n’est pas vertueux.... »

       
      • Oui, les profs sont vertueux, mais le système qui consiste à payer correctement les agrégés est tout pourri...

        D’ailleurs, c’est le statut des profs qu’il faut foutre en l’air, selon le pédagogiste préféré de Rue89.

        Et les faire recruter par les chefs d’établissement transformé en DRH, histoire d’éviter les syndicalistes...

        Vincent Peillon aurait pu dire  : « Nous recrutons désormais sur un nouveau statut. »

        Les profs sont vertueux, mais avec un statut de merde ils le seronty encore plusse.

    • matou Bruxelles
      matou Bruxelles répond à Ocatarinetabellatchitchix
      A Bruxelles prof de French pour (...)

      Non, !
      Il y a du « changement maintenant “ :
      La dernière fois pour l’article sur les profs , il y avait une grosse photo de Fernandel , cette fois ci une petite photo de Fernandel !

  • Evil Empire
    Evil Empire
    "L'argent est bête." Alain

    Et si on favorisait d’abord les gens passionnés par la pédagogie et l’envie de transmettre leur savoir en premier ?

    Oups désolé je rêve encore, continuez...

  • PB64
    PB64
    Labor improbus omnia vincit

    L’opposition entre pédagogie et savoir disciplinaire commence à me courir sur le haricot. La pédagogie ne PEUT PAS TOURNER A VIDE et inversement. Le problème c’est que les IUFM essaient de plus en plus de rameuter le plus d’étudiants possible, en ayant un discours inacceptable sur les enseignements de la fac qui sont pourtant nécessaires. Les seuls cours utiles étaient ceux qui nous apprenaient à construire une séquence, à l’IUFM.
    Sinon...entendre parler de pédagogie n’est pas apprendre la pédagogie.

    L’apprentissage du métier se fait en l’exerçant, parce qu’il n’y a pas UNE pédagogie mais des centaines, adaptées à chaque classe ; et je ris de bon coeur quand j’entends les « vieux » enseignants dire « les jeunes ne sont pas formés » : ils oublient comment eux ont commencé ? ? ?
    On peut avoir des notions de pédagogie et tout ce qu’on veut, mais la pédagogie ça ne s’apprend pas, ça s’ELABORE de facon personnelle.

    Enfin : je trouve que le recrutement par établissement serait une grande perte ; en effet, quand on passe un CAPES ou une agreg ou un CRPE, on passe un CONCOURS DE RECRUTEMENT ; autrement dit : avoir le concours = avoir un poste. Or si on demande aux établissements de recruter, où est l’égalité ? Où est le bénéfice du concours puisque M. X va préférer choisir sa nièce plutôt que vous ?

     
    • L'ami Dino
      L'ami Dino répond à PB64
      ex-supporter de la Juventus

      Quand vous passez un concours pour la fonction publique territoriale, vous accédez à une fonction et à un grade, mais ça ne vous donne pas de poste pour autant, il faut ensuite qu’une collectivité vous recrute.

       
      • PB64
        PB64 répond à L'ami Dino
        Labor improbus omnia vincit

        C’est vrai je n’y pensais pas ; eh bien ce n’est pas pour autant que c’est juste.

         
        • L'ami Dino
          L'ami Dino répond à PB64
          ex-supporter de la Juventus

          Je ne sais pas si c’est juste, par contre c’est censé. Vous imaginez si une mairie devait recruter ses employés en passant par un système centralisé d’attribution des postes ? Ce serait juste absurde, à quoi bon décentraliser l’administration et la gouvernance ?

          Faut un peu arrêter le délire quand même. Ce beau système soi-disant égalitaire que le monde nous envie aboutit quand même à mettre les profs les plus expérimentés et les mieux payés devant les élèves les plus favorisés, et à réserver les débutants sous-payés pour les autres.
          A un moment donné, l’égalité c’est aussi de faire travailler chacun selon ses compétences et ses capacités.

          • PB64
            PB64 répond à L'ami Dino
            Labor improbus omnia vincit

            Je suis d’accord avec vous, mais je ne pense pas que ça implique forcément de changer la nature du concours, c’est tout :)

  • Tant qu’il y aura de moins en moins de boulot, des boulots de plus en plus cons et de plus en plus mal payés, vous pourrez pédagogiquer tant que vous voulez, mettre les profs à la roue ou au pal, les gamins ne pourront pas croire en l’école comme voie vers l’intégration.

    Ce n’est pas l’école qui doit être réformée, c’est le monde du travail.

    Mais ça ne demande aucun courage de taper sur les profs, contrairement à taper sur le patronat...

  • totor101
    totor101

    Le BAC+5 pour enseigner (sans véritable formation pédagogique) en primaire est une ânerie ! Ma première instit avait un brevet élémentaire et j’ai su lire à 6 ans (en 1950) ! 
    Je cite l’auteur : « Oui et on sait que “ l’effet prof ” est considérable. Par exemple, la qualité d’un prof de CP est déterminante pour le parcours scolaire d’un élève, quelle que soit son origine sociale. Au fond, les enseignants sont maltraités  ; quand ils rencontrent des difficultés, ils sont laissés à eux-mêmes  : ils se démerdent.
    Logiquement, dans un milieu professionnel, quand vous rencontrez des difficultés, vous êtes aidé pour les surmonter  : on vous forme de nouveau, on vous soutient. »
    C’était vrai il y a 40 ans ..... Maintenant on vous vire ! ! ! !
  • rouba
    rouba
    astronaute

    lorsqu’on voit les conneries enseignées dans les ESPE (ex-IUFM), on peut encore être heureux d’avoir des candidats !

    l’ESPE de Rouen arrive même à perdre des candidats ayant le concours (CAPLP lettres-histoire cette année)

     
    • barbouille
      barbouille répond à rouba
      surfeuse

      « l’ESPE de Rouen arrive même à perdre des candidats ayant le concours (CAPLP lettres-histoire cette année) »

      qu’est ce que vous voulez dire ?

    • PB64
      PB64 répond à rouba
      Labor improbus omnia vincit

      Ouais m’en parlez pas, les ESPE c’est le truc le plus inutile que j’aie jamais vu.

  • LaoJinHu
    LaoJinHu
    non-conventionné par la (...)

    L’obligation de recruter sur un niveau académique, ne donne pas une valeur à l’enseignant, mais lui donne directement accès à la grille indiciaire des cadre A de la fonction publique.
    La transformation des instits en professeurs des écoles a certes permis une revalorisation (salariale et « sociale »), mais elle a aussi permis la suppression de la retraite à 55 ans et le « logement de fonction ».

  • Vert de gris
    Vert de gris
    jeune retraité

    On se marre !

    Ce type ne doit pas passer 20 heures (on force les enseignants à faire des heures sup) devant des élèves de 3ème, de plus en plus difficiles et qui n’en ont rien à faire, dans des classes bondées ! Ne parlons pas des ZEP...
    De plus en plus d’enseignants craquent et vivent très difficilement cette situation.
    On veut raccourcir leurs congés, sans contrepartie financière, on leur a déjà piqué une semaine.
    On gèle le point d’indice d’une profession qui n’a jamais eu les grilles salariales révisées (un enseignant au taquet a perdu pratiquement 8% de pouvoir d’achat depuis 2010 à rajouter au 20% perdus en 20 ans).
    Ils ne sont plus considérés et même critiqués par les gouvernement et livrés à la vindicte populaire.

    Bref, et il s’étonne que les jeunes ne soient pas attirés par ce métier ?

    Le fait de les recruter précocement ne changerait rien ! On serait obligé de les prendre avec des notes très basses pour intégrer les ZEP dont personne ne veut ! De plus demandez aux jeunes qui viennent de passer leur Bac, s’ils sont prêts à devenir enseignants. Ce sera niet ! Ce n’est que plus tard que cette idée arrive, faut bien bouffer !

  • Patours
    Patours
    Nada

    Au cours de ma scolarité, j’ai eu une opportunité de devenir enseignant, je ne l’ai pas prise, c’était le début des années 2000, les élèves commençaient à venir en cours pour venir en cours et les profs à faire un cours pour faire un cours. Je ne sais laquelle des deux parties a flingué l’autre, mais ça vous donne pas envie.

    Prof, c’est un sacerdoce, une sacrée responsabilité vu l’impact qu’il peut avoir sur le futur des gamins.

    Aujourd’hui, c’est se trouver au milieu de trop de geignards hébétés par un téléphone plus intelligent que le propriétaire, de collègues sous antidépresseurs, d’une administration qui cherche l’économie de bout de chandelle...

    Donnons des moyens aux établissements, aux élèves et peut être que l’avenir de ce métier sera plus enviable.
    Je retourne à mes 3*8 avec quelques regrets, mais sans anti dépresseurs.

 

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Après l'effort, le réconfort
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